À l’occasion de la Journée des infirmières et infirmiers en santé mentale, le 21 février, le Journal Montfort donne la parole à celles et ceux qui font toute la différence.
À Montfort, ils sont 85 à œuvrer quotidiennement en santé mentale, un domaine où la complexité émotionnelle et l’imprévisibilité font partie du quotidien. Au-delà des tâches cliniques, ces professionnels offrent quelque chose d’inestimable : une présence authentique, une écoute sans jugement et cette capacité à rallumer l’espoir chez ceux qui traversent de profondes souffrances.
Isabelle Brunet : Une vocation née de l’amour

Pour Isabelle, la santé mentale n’a jamais été un choix par défaut, mais une évidence. Dès qu’elle a envisagé de devenir infirmière, elle savait que c’était dans ce domaine qu’elle voulait exercer.
Mère adoptive de deux enfants ayant des enjeux de santé mentale, son parcours vers cette profession s’est cristallisé après le décès de sa mère pendant la COVID-19. L’accompagnement exceptionnel que celle-ci a reçu en France l’a profondément marquée. « Ma mère a été très aidée par des préposés et des aides-soignantes. Je me suis sentie comme si je n’avais pas pu faire ça pour elle, alors j’ai décidé de rendre à la communauté en le faisant pour d’autres. »
Ce désir de redonner l’a d’abord poussée à obtenir son diplôme de préposée, puis à devenir infirmière. Depuis deux ans à Montfort, elle n’a jamais regardé ailleurs, portée par une mission claire : redonner aux patients une partie de cette vie que la stigmatisation leur a souvent volée.
Je veux les accompagner et leur redonner cette vie qu’ils méritent
Cette volonté d’accompagner prend une dimension particulière lorsqu’elle peut le faire en français, sa langue maternelle.
Quand tu ne te sens pas bien, quand tu as des soucis, pouvoir être traité dans ta langue, c’est vraiment primordial. Tu te sens déjà affaibli, vulnérable. Avoir quelqu’un qui t’explique les choses dans ta langue, ça simplifie énormément.
C’est dans les petits progrès quotidiens qu’Isabelle trouve sa plus grande source de satisfaction. Elle se souvient de patients arrivant en mutisme sélectif qui, après quelques semaines, réussissent à communiquer. « Les voir devenir plus calmes, développer une routine stable, avancer. Même si ce sont de petites choses, c’est très gratifiant. »
Pour elle, tout se résume à une philosophie simple : approcher chacun sans juger, faire preuve de bienveillance et offrir son soutien avec patience et respect, même dans les moments les plus difficiles.
Son conseil à ceux qui souhaitent se lancer dans ce domaine reflète cette authenticité qui la caractérise : « Ça doit être une vocation. Si tu sens vraiment que tu veux faire une différence dans ce milieu, lance-toi. Mais il faut que ce soit authentique. »
Marina Spijarnaia : Le pouvoir d’être présente

Infirmière depuis plusieurs années, Marina a débuté sa carrière en gériatrie, en centre d’hébergement auprès de personnes âgées vivant avec la démence et diverses maladies chroniques. C’est dans ce contexte qu’elle a découvert l’essence de son métier.
Au-delà des diagnostics, elle a été profondément marquée par la vulnérabilité humaine.
Ces personnes souffraient non seulement de problèmes de santé, mais aussi d’un sentiment de perte — perte d’autonomie, de repères, parfois même du sentiment d’utilité. Cette expérience lui a appris quelque chose de précieux :
Il faut être là, pleinement avec la personne, sans jugement.
C’est ce cheminement qui l’a naturellement menée vers la santé mentale à Montfort, il y a un an, un domaine où elle retrouve cette même dimension humaine et où le simple fait d’être présente peut transformer le quotidien d’un patient.
Pour Marina, tout commence dès les premiers instants. Un simple « Bonjour, hello » et une question posée avec simplicité : « Quelle langue préférez-vous ? ». L’offre active n’est pas un formalité. C’est une façon d’ouvrir la porte, d’installer un climat de confiance, surtout dans un contexte où le sentiment de sécurité est essentiel.
Les défis sont nombreux : complexité des situations, intensité émotionnelle, imprévisibilité. Même avec un diagnostic similaire, chaque patient présente des symptômes différents. « Parfois, un patient est calme, et cinq minutes plus tard, il arrive bouleversé. Il faut écouter, rester professionnelle, demeurer stable et comprendre ce qui se passe. »
Mais les moments gratifiants compensent largement : « Souvent, des patients reviennent me voir après une période difficile et s’excusent. Ces instants rappellent que notre travail va au-delà des interventions cliniques. Il est fondé sur l’humain, le respect et l’absence de jugement. »
Son conseil à ceux qui envisagent cette carrière :
Il faut aimer profondément l’humain et être prêt à apprendre chaque jour. La santé mentale demande de l’écoute, de l’humilité et une grande capacité d’adaptation. Les progrès peuvent être graduels, mais chaque petite avancée compte.
Karim Mrouki : La première fois qu’on se sent écouté

Infirmier auxiliaire à Montfort depuis août 2024, Karim a rapidement trouvé sa place en santé mentale. Il a choisi cette profession pour l’importance accordée à la relation thérapeutique et à l’approche globale de la personne. Ce rôle lui permet d’avoir un impact concret sur le bien-être des patients et de les accompagner dans leur parcours de rétablissement.
Le principal défi ? « C’est un domaine complexe qui exige une grande capacité d’adaptation. Il faut gérer des situations cliniques très variées, l’impulsivité associée à certaines conditions, tout en travaillant en collaboration avec une équipe interdisciplinaire — travailleuses sociales, thérapeutes, autres infirmiers — et toujours en maintenant une approche centrée sur le patient. »
Pour Karim, offrir des soins en français prend tout son sens :
Pour quelqu’un qui parle français, c’est très important de lui parler dans sa langue. Les personnes ne se sentent pas écartées. Je me sens chanceux de travailler dans un hôpital francophone.
Ce qui le nourrit au quotidien ? Observer l’évolution positive de ses patients, qu’il s’agisse d’une amélioration clinique, d’un gain d’autonomie ou simplement d’un engagement accru dans leur plan de soins. Contribuer à ces progrès lui procure une grande satisfaction professionnelle.
Un patient l’a particulièrement marqué : méfiant au départ, les échanges étaient difficiles, parfois silencieux. Mais avec le temps et une présence constante, le patient lui a dit :
C’est la première fois que je me sens écouté sans être jugé.
Ces mots lui ont rappelé que la relation thérapeutique peut avoir un impact énorme, même lorsque les changements ne sont pas toujours visibles.
Au-delà des moments gratifiants, Karim souligne l’importance de l’équipe : « Je suis fier de travailler avec une équipe qui me soutient toujours, même dans les moments difficiles. On passe tous par des moments difficiles — on est des êtres humains aussi. »
Isabelle, Marina et Karim ne sont que trois voix parmi les 85 infirmier.e.s en santé mentale qui œuvrent quotidiennement à Montfort. Trois parcours parmi tant d’autres, trois histoires qui illustrent une réalité souvent invisible : derrière chaque patient qui progresse, il y a des professionnels qui croient en lui.
À toutes ces infirmières et à tous ces infirmiers qui choisissent chaque jour d’être présents, qui croient en chaque patient même dans les moments les plus sombres et qui incarnent les valeurs de Montfort avec fierté : vous êtes essentiels et vous faites toute la différence.
Merci !
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